Et si Georges Lucas avait pompé ?
Doute radical. D’autant plus que l’auteur de la saga Star Wars est loué pour sa créativité et que c’est un fan éberlué qui m’interpelle. Il s’appelle Raphaël et le ciel menace de lui tomber sur la tête. Il me tends le DVD d’un vieux film d’Akira Kurosawa et me dit : “tu vas voir, La Forteresse cachée, c’est la base des rebelles…”
Une inspiration évidente
La Forteresse cachée, tourné en 1958, n’est pas “la base des rebelles” mais l’ascendance de ce film sur Star wars est ahurissante. Une chose est sûre, Georges Lucas vénére les films de sabre. Vous connaissez La guerre des étoiles : Léia princesse en résistance, le Jedi fidèle, deux personnages insolites, les chasseurs de prime… Et bien admettez que les chevaliers Jedi soient des samouraï, imaginez le Japon du XVIe et vous obtenez la trame de La Forteresse cachée.
De Makabe Rokurota à Obi Wan Kenobi
Au-delà des consonnances japonaises et du port du kimono, le pitch est édifiant. La princesse Yuki Akizuki, réfugiée dans une forteresse escarpée, fuit un clan belliqueux et tyrannique escortée par son dernier samouraï, l’invincible Makabe Rokurota (Toshiro Mifune). Leurs têtes sont mises à prix. Rokurota cornaque deux paysans qui ne songent qu’à s’emparer de l’or de la princesse, fardeau indispensable pour organiser la résistance…
Si jeune et des Japonais
Enfant, le Japon m’avait échappé : je m’attachais à la fable spatiale et technologique. Vador était à mes yeux un nazi intergalactique coiffé d’un immense casque de la Werhmacht. Le militarisme vert de gris des officiers impériaux confortait cette vision ethnocentrée. J’étais un peu trop à l’ouest – de Tokyo – d’où pourrait d’ailleurs venir l’armure de Vador.
J’étais de bonne foi : la thématique oppression/résistance est une constante de la saga. Mais les allusions à la modernisation de l’empire japonais et ses dérives sont évidentes. Un exemple : l’exception Jedi et son extermination par une armée de “stormtroopers” munis de blasters. Une franche allusion aux années 1870 au cours desquelles les guerriers traditionnels durent abandonner leurs sabres sous la menace d’une troupe armée de fusils. A ce sujet, voir Le Dernier Samourai (2004) d’E. Zwick.
Une ascendance mal reconnue
Le Kurosawa est un film d’aventure, parfois comique, profondément humain. Il y a du John Ford dans ce western japonais. Voilà deux sources d’inspirations honorables pour le scénario de Star Wars qui brille par son univers fantastique. Publiquement, Lucas n’a reconnu s’être inspiré de La Forteresse qu’au sujet de R2D2 et C3P0, les droïdes rigolos qui reflètent les paysans (un grand et un petit) trottant derrière la princesse Akizuki. Reconnaissance a minima, même si ces zozos sont les véritables héros de la production japonaise. Et pourtant autre un point commun réunit ces deux films : les grands espaces. La Forteresse cachée a été le premier Kurosawa tourné en multi caméras et au format cinémascope. Les cadrages y sont magnifiques, la lumière étonnante. Alors, plagiaire ou cinéphile ? Pour ma part, j’ai rassuré Raphaël.
La Toho tournera bientôt un remake de la Forteresse cachée. En attendant, la version originale est toujours distribuée en DVD.
A voir ou revoir : de Flash Gordon à La Forteresse cachée en passant par Une Poignée de dollars et Zatoichi, voici un astucieux montage de quelques scènes supposées avoir influencé Georges Lucas.
